Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L'arc-en-ciel, cette réflexion /réfraction du soleil après la pluie, comme la magie du sourire après les larmes

— ce grandiose éventail de toutes les couleurs du spectre
qui semble ne pas vouloir en oublier la plus infime nuance— est le plus bel étendard dont puisse rêver un peintre. Or, il se trouve que Magdalena Kokines est peintre jusqu'au bout des ongles et que son cœur n'a jamais quitté l'Afrique du Sud où elle est née.

Cette exposition concrétise son désir longuement mûri de célébrer dignement la libération de l'Afrique du Sud du régime inique de l'apartheid.
Cette libération a été et reste source d'espoir, au moment où la bête hideuse du racisme, officiellement chassée d'Afrique du Sud, cherche de nouveaux déguisements pour renaître un peu partout dans le monde.

Les Soldats de l'Arc-en-ciel, réunis sous la bannière de Magdalena, sont des artistes qui ne veulent pas d'autres armes que la parole, dite ou écrite, les sons et les couleurs. Ils n'ont d'autre but que de réveiller ce grand cœur paresseux des hommes et des femmes qui se croient impuissants à lutter contre l'injustice et l'oppression. Les cyniques et ceux à qui les guerres profitent ricaneront sans doute devant une attitude qu'ils qualifient d'utopique ou naïve. Mais le temps est peut-être moins lointain qu'ils ne l'imaginent où un large consensus de tous les peuples du monde, enfin écœurés par tant de tueries inutiles, feront de l'abolition de la guerre sous quelque forme que ce soit, l'article 1 d'une nouvelle charte de l'Humanité.

C'est à cette vision, à une sorte de pré-vision d'un temps auquel depuis si longtemps l'humanité aspire, que nous convie le beau travail de Magdalena Kokines et de ses amis — poètes, écrivains, photographes et musiciens.

Pour sa part, elle s'exprime dans un idiome abstrait qui ne cède aux facilités d'aucune mode. Vu de Paris, ses grands ancêtres en peinture pourraient être le Suisse Paul Klee (pour les affinités avec la musique), le Russe Serge Poliakoff (pour la juxtaposition équilibrée de grands aplats de couleurs franches), et l'Africain du Nord Henri Atlan (pour la transposition du rythme et de la danse). Mais en réalité, une de ses sources d'inspiration est à rechercher plutôt dans le Veld, au nord de Prétoria : dans ces peintures aux formes géométriques que traditionnellement les femmes ndébélés étalent avec la paume de leur main sur les murs et les façades de leur maison. On y retrouve la palette naturelle que procure la terre africaine, brun, rouge, noir et ocre — le bleu de l'indigo et le blanc du kaolin. Si le symbolisme des formes le plus souvent nous échappe, héritier qu'il est de croyances cosmogoniques anciennes, leur équilibre et leur éclat nous sont immédiatement perceptibles. La peinture de Magdalena est nourrie de l'amour, l'admiration et la reconnaissance de l'art africain. Ses associés et elles rendent un vibrant hommage à l'apport, d'une richesse incomparable, de l'Afrique à la culture de l'humanité.

Paris, le 14 mai 2004

Marc Albert-Levin

Tag(s) : #Rainbow Soldiers, #poésie